Ce petit opuscule a été composé par Mgr de Ségur dans l’été de 1871, au sortir d’affreuses secousses de l’invasion et de la Commune. C’est un antidote essentiellement populaire contre les poisons mortels dont les Sociétés secrètes et la presse révolutionnaire saturent le pauvre peuple. L’auteur l’a composé, paraît-il, tout spécialement pour les bons paysans bretons, plus travaillés que les autres par les sectaires, parce qu’ils sont demeurés plus catholiques. Le Saint-Père a daigné, dans un passage du Bref Apostolique cité en tète de l’opuscule aux Apprentis, féliciter l’auteur de son charitable dessein et en souhaiter l’heureux succès.
En moins d’un an, plus de soixante mille exemplaires s’étaient écoulés déjà, malgré les fureurs et les insultes grossières de la presse démocratique. Au printemps de 1876, une de ces feuilles horribles consacrait un article spécial à l’auteur de Prêtres et Nobles, l’appelant « imbécile, absurde, insolent, ignoble, menteur, remarquablement bête. » Et pendant deux ou trois semaines, le pauvre Mgr de Ségur (à qui cela était parfaitement égal) fut comme la cible de tous les écrivassiers radicaux de la libre-pensée parisienne.
Preuve évidente que son petit livre avait porté juste et est excellent. Aussi a-t-il été traduit, comme la plupart des autres, en cinq ou six langues.
"Dans la terrible guerre qui vient de finir (celle de 1870), et qui a été, tout le monde le reconnaît aujourd’hui, un grand châtiment de Dieu, le clergé et ceux que l’on appelle encore « les nobles » ont donné à la France d’incomparables preuves de dévouement.
Nos prêtres, nos séminaristes, nos Frères étaient partout : sur les champs de bataille où plus d’un a trouvé la mort, dans les ambulances, dans la captivité, intrépides au milieu des dangers, fermes et inébranlables dans les plus cruelles privations.
Les plus illustres familles, les plus grands noms de France ont tenu à honneur de défendre le sol de la patrie, au prix de leur sang ; et ceux que l’on était jusque-là tenté d’accuser d’oisiveté et de mollesse, on les a vus, engagés comme simples soldats, faire des prodiges de valeur, tout souffrir sans se plaindre, côte à côte avec les enfants du peuple. Quantité d’entre eux sont tombés au champ d’honneur, ou du moins en ont rapporté de glorieuses blessures.
Après de pareils dévouements, on ne devait guère s’attendre à voir se rallumer, précisément contre les nobles et les prêtres, cette guerre acharnée, odieuse, que Voltaire et les sociétés secrètes avaient entreprise aux plus mauvais jours du dernier siècle. C’est ce qui a eu lieu cependant. Le sol français était encore tout chaud de leur sang, tout baigné de leurs sueurs, que déjà ces mêmes sectes, ennemies implacables de l’Église et de la société, recommençaient leurs attaques déloyales et furieuses.
Le mensonge menace sérieusement de corrompre les classes ouvrières, surtout dans les campagnes. On a donc pensé qu’il devenait nécessaire de répondre brièvement et carrément à la calomnie. C’est ce que je fais en ces quelques pages, dictées uniquement par la foi, par le bon sens, et par l’amour de ces pauvres ouvriers, presque tous bons et honnêtes, mais trop faciles à tromper.
Je prie tous les gens de bien de répandre le plus possible cet opuscule essentiellement populaire, si toutefois ils le jugent propre à réaliser le but si important que je me suis proposé. Que Dieu daigne en bénir les lecteurs et en féconder la lecture !" Mgr de Ségur