Le lecteur ne doit point chercher dans ce livre l’histoire de la guerre de 1914. Eût-il voulu la faire, l’auteur ne l’aurait pu. Durant toute l’occupation allemande, il a été soumis, avec ses concitoyens du Nord, au régime du prisonnier en cellule, sans communication possible avec le dehors.
Livré à ses pensées, dans, les loisirs que lui laissait la suspension forcée de la Semaine. Religieuse, l’auteur se demanda : Pourquoi cette guerre, une guerre si longue et si cruelle ? Il y vit d’abord un châtiment du péché de la nation et dés fautes personnelles ; puis une suite naturelle des guerres antérieures et des questions internationales qu’elles avaient soulevées ; enfin il se demanda quel bien la divine Providence se proposait d’en tirer. De là trois livres : la réponse de la justice divine, la réponse de l’histoire, la réponse de la divine bonté.
Ces méditations il les mit par écrit, et il se permet de les présenter au public. On appelle « philosophie de l’histoire » le système sur lequel tel ou tel historien s’établit pour grouper les faits, expliquer leur enchaînement, remonter à leurs causes, d’après les données de la raison. Ainsi le physicien étudie les phénomènes de la nature et cherche dans les caractères de généralité qu’ils présentent l’explication de ce qu’il voit. La philosophie de l’histoire expose le développement en grand de l’humanité, les progrès et les reculs qui se sont produits au cours des âges. Elle donne aux faits leur place dans l’ensemble, elle en démontre les raisons cachées ainsi que leur dernière fin, effectuée ou non. La gloire d’avoir réalisé cette conception n’appartient qu’à S. Augustin, à Dante et à Bossuet. Ils ont tenu compte à la fois de la liberté humaine et de la puissance divine ; et c’est ce qui les a maintenus dans le vrai. D’autres n’y ont point réussi parce qu’ils ont fermé les yeux sur l’une ou sur l’autre de ces deux grandes causes.