Grâce à Mgr Trochu, le public catholique, qui a entendu parler si souvent et de manières parfois si différentes des missions lointaines, pourra contempler en un miroir fidèle et délicat la vraie figure d’un missionnaire.
Zèle enflammé, humble et mâle courage, pureté virginale, tendresse de fils pour ceux qu’il quitte, amour de mère pour ceux qu’il enfante à Dieu, sérénité imperturbable dans le sacrifice, plénitude de foi et d’abnégation, de tout cela Théophane Vénard est bien le type idéal, assez près de nous pour nous laisser reconnaître les traits qui font de lui l’un des nôtres, assez loin pour établir la chaîne qui relie l’œuvre des missionnaires d’aujourd’hui à celle de leurs devanciers.
On dit que le jeune missionnaire est un imaginatif chez qui l’enthousiasme abolit le sens des réalités, entretient quelque temps l’énergie factice qui lui fait rompre des liens sacrés et cache sous l’illusion de conquêtes chimériques le bien certain qu’il a à sa portée. Qu’on lise la vie du bienheureux Théophane, le récit de sa mort et surtout ses dernières lettres, on y verra comment le missionnaire, dès le premier appel de sa vocation, regarde en face les sacrifices qu’elle entraîne, et comment, renonçant à jouir ici-bas des joies de la famille et de l’amitié, il n’en reste pas moins fidèle aux siens jusqu’à la mort, plus présent par le cœur à ceux qu’il aime qu’il ne l’eût jamais été en demeurant près d’eux, et de loin leur faisant plus de bien mille fois qu’il n’en eût fait en partageant leur vie.
Extrait adapté de la lettre de Mgr de Guébriant,
supérieur des Missions Étrangères.